Les Cercles Restauratifs au sein de Reinfocovid?

Bonjour,

Dans la vidéo intitulée “Réinfo Liberté: “Des élections sans candidats” avec Louis Fouché et David Guyon”, Louis Fouché évoque l’usage que vous faites des Cercles Restauratifs, pour prendre soin des tensions relationnelles dans votre collectif.

Pouvez-vous nous en dire plus ?

Il y a quelques groupes de pratique et de recherche dans ce domaine (systèmes et Cercles Restauratifs, design de système dialogique) :
https://cerclesrestauratifs.org/wiki/Catégorie:Groupe_local
https://cerclesrestauratifs.org/wiki/Atlas
Nous sommes quelques-uns à voir comme essentiel, de favoriser le dialogue dans nos communautés d’appartenance, pour nous aider à prendre soin des nombreuses tensions émergeant depuis un an. Les sujets ne manquent pas : vaccins, passeports sanitaires, etc…

Est-ce que le collectif Reinfocovid a publié ou prévoit de publier quelque-part comment fonctionne son système restauratif (le contenant des Cercles Restauratifs) ?
Exemple de questions associées :

  • Qui est légitime à appeler un Cercle ?
  • Comment on appelle un Cercle ?
  • Comment les facilitateurs sont soutenus dans leur rôle ?
  • etc…

Merci de vos retours : )

Salut,

Nous n’avons pas une grande expérience des cercles restauratifs, ni n’avons produit de document sur le process.
Quelques-uns d’entre nous ont des bases de CNV, et nous cultivons l’'intelligence relationnelle d’une façon générale.

Nous sommes soumis à de fortes tensions sociétales, notre investissement dans l’action est important, et nos interactions multiples. Donc des tensions apparaissent obligatoirement en interne. Nous tentons à l’échelle individuelle d’exercer certaines “bonnes pratiques” de communication, mais cela ne suffit pas toujours.

Même sans avoir une maîtrise complète de l’outil restauratif, il nous est apparu important de proposer au sein du cercle cœur un espace sécurisé d’expression qui permette d’apporter de la lumière et de réfléchir ensemble sur des situations relationnelles complexes.
Nous avons défini un model à 2 facilitateurs, ce qui fonctionne bien, les facilitateurs pouvant s’entraider, et le binôme augmentant la pertinence des interventions.

Au plaisir d’échanger

Salut,

Merci d’avoir pris le temps de répondre.
Ce matin en écoutant la vidéo de lancement de reinfosante.fr , ça m’a donné envie d’en savoir plus sur Ivan Illich. Je partageais ça par SMS avec une amie qui venait de me passer un livre de Paulo Freire, et elle m’indique au passage que ces deux étaient amis : )
Le rapport que je vois avec les Cercles Restauratifs, est dans l’importance du dialogue :
« Si la structure ne permet pas le dialogue, la structure a à changer » — Paulo Freire
Cf. Espaço βeta — CerclesRestauratifs.org

Au sujet du fait qu’on pourrait avoir un jour « une maîtrise complète de l’outil restauratif », je constate que Dominic Barter a pas mal évolué dans sa manière de partager ce qui lui tient à cœur. Dans les premières sessions de six jours, animées par lui, auxquelles j’ai pu participer (2010, 2011), il nous proposait de nous entrainer à faciliter, au travers de la facilitation de Cercles Restauratifs “à moitié simulé” : en prenant comme support pédagogique, des situations réelles dans lesquelles une seule des personnes présentes était impliquée.

Et effectivement avec cette approche, je vois le risque de “chosifier” cette approche, et de la réduire à un “outil” qu’on pourrait un jour maîtriser. Aujourd’hui je le vois plus comme artisanat dans lequel chacun peut faire évoluer ses pratiques, et peut aimer rencontrer d’autres “artisans” pour partager au sujet de leurs expériences, recherches, etc…

C’est peut-être ce changement d’approche qui a amené Dominic Barter, ces dernières années, à proposer aux personnes qui souhaitent découvrir cette pratique, de partir plutôt de trois questions (systémiques) :

Dans notre communauté, quand survient un désaccord, une tension, un conflit :

  • qu’est-ce que nous faisons d’habitude qui marche ?
  • qu’est-ce que nous faisons d’habitude qui ne marche pas si bien ?
  • comment rêverions-nous que ça se passe ?

et à partir des réponses à ces questions, de construire un accord au sein de la communauté, sur comment y répondre : un système restauratif (basé sur le dialogue). D’où l’expression de “design de système dialogique”, un peu comme le “design” est central en permaculture.

Voilà, c’est dans ce sens que je trouve précieux de mettre en commun nos pratiques et nos recherches.
Par exemple, nous aussi nous voyons comme très important que les facilitateurs s’offrent du soutien mutuellement. Cet aspect est pourtant souvent oublié. Cf. un tweet de fév 2021 :
« L’avant-cercle du facilitateur est l’un des aspects structurels des pratiques bien conçues que j’ai le plus souvent vu oublié. Il renforce la personne qui offre la facilitation, de sorte qu’elle en fait moins, et qu’elle le fait de manière plus approfondie. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles il est si rare. » — D. Barter

Dans notre groupe de pratique et recherche, pour nous aider à découvrir par la pratique cette forme de réponse aux trois questions systémiques évoquée ci-dessous, nous nous sommes fabriqué un aide-mémoire sur une page A4 recto-verso. Avec forcément toutes les limites liées à une forme qui pourrait donner l’impression que c’est “gravé dans le marbre” : ))

Nous nous sommes créé un wiki en accès restreint aux participants à un groupe de pratique et recherche en Cercles Restauratifs :

  • https://cerclesrestauratifs.org/g
    Nous y partageons les documents que nous préférons partager initialement à des personnes qui ont déjà découvert cette approche par la pratique. Donc, comme visiblement vous en faites partie, vous y êtes les bienvenus.

Nous avons aussi créé un groupe Framavox ouvert, pour faciliter la co-construction de décisions parmi les personnes francophones intéressées par cette approche :

Vous y êtes bien-sûr aussi les bienvenus !

Au plaisir d’aller plus loin dans nos partages d’expériences et de recherches.

Merci pour tous ces éléments.
Votre message est très clair et agréable à lire.
Je me suis inscrit sur le framavox.

Nous avons fait un cercle restauratif ce weekend, à propos d’une tension non résolue concernant la sécurité du collectif.
Nous avions deux personnes en difficulté relationnelle (confiance) vis à vis d’une personne, qui du coup se retrouvait elle-même en difficulté.

La configuration expérimentée :
Chaque “parti” était accompagné d’un médiateur auquel il adressait directement ses réponses.
Il y avait en plus un facilitateur et un “conseil des sages” de trois personnes qui étaient chargées de donner périodiquement leur avis sur les problématiques mises en lumière par le conflit, mais pas sur le conflit lui-même.

Ça n’a pas tout à fait permis de résoudre le nœud, mais l’expérience a été très riche.
Je vous rejoins complètement sur le fait qu’il s’agit plus d’une forme d’artisanat, d’un terrain d’expérimentation, plus que d’un outil immuable. D’ailleurs c’est aussi le cas de tout collectif j’ai l’impression :smiley:
Je commence à comprendre qu’une bonne gestion de la fluidité est aussi importante que la définition de repères fixes. Les deux sont nécessaires, en fait.

Merci pour votre partage, et au plaisir de vous lire.

Merci Fukan de continuer ce dialogue.
Ce sujet me motive depuis que je l’ai découvert pour la première fois en 2004, quand Dominic Barter était venu, en Suisse, avec le soutien de Marshall Rosenberg, présenter ses actions au Brésil.
Et en ce moment, ça prend un relief tout particulier, vu les tensions auxquelles nous sommes collectivement soumis depuis un an. Je l’observe dans toutes mes communautés d’appartenance : famille, amis, travail, associatif…
Arriver à mettre à jour des approches “qui marchent” pour prendre soin de ces tensions, me semble vraiment central, dans ce contexte.
Merci d’avoir donné plus de détails sur la manière dont vous avez procédé lors de votre dernier Cercle Restauratif.
J’y vois quelques différences importantes avec le processus que j’ai découvert avec Dominic Barter quand il nous l’a fait découvrir par la pratique, la première fois, pendant 6 jours en 2010.
À l’époque il distribuait pendant ces sessions, un feuillet de 7 pages dans lequel il décrivait le processus complet et les pré-conditions de réussites, lors de la création d’un système restauratif. Ce document était protégé par un copyright. Quand je lui ai demandé pourquoi, alors qu’un “copyleft” m’aurait semblé plus conforme a l’esprit qu’il décrivait, il nous avait répondu qu’il n’était pas encore content de cette forme, et qu’il espérait que cela en ralentirait la diffusion.
Depuis, lors des dernières sessions qu’il a donné en France, il ne donnait plus ces feuillets, et disant qu’il trouvait cela plutôt contre-productif, préférant laisser les participants à ces sessions partir des trois questions systémiques évoquées plus haut (marche, marche pas et le rêve).
Dans notre groupe de pratique et de recherche, nous avons quand même eu envie de nous faire une synthèse sur une page A4 recto-verso, de l’essentiel de ce que nous avions compris de ce feuillet de 7 pages.
Pour l’instant, pour respecter son choix de privilégier la découverte de ce processus à l’occasion d’une pratique, nous avons laissé ce document accessible uniquement sur le wiki en accès restreint (https://cerclesrestauratifs.org/g ).
Et je dois avouer que vos retours d’expérience confirment ma proposition de vous y donner accès, pour que nous puissions aller plus dans le détail des différences de pratique.
Ça me donne aussi envie de connaître comment les Cercles Restauratifs sont “arrivés” dans votre collectif :

  • quelle en était l’expérience de la personne qui vous en a parlé pour la première fois ?
  • quelles bases “théoriques” cette personne vous en a-t-elle donné ?
  • comment vous a-t-elle proposé de les découvrir par la pratique ?
  • comment votre collectif a-t-il construit son système restauratif ?
  • l’avez-vous formalisé ?
  • comment une personne peut-elle appeler à la tenue d’un Cercle Restauratif ?
  • etc…

Au plaisir de continuer ces échanges : )